The Constellation Sonnet

Dark mirror – augmented reality

This experience enables the exploration of an exhibition within the exhibition itself. It offers the opportunity to do a poetic tour of an exhibition through Augmented Reality, like a “sonnet” of the constellation in fourteen steps. Resulting from the refreshing union between the Maison d'Ailleurs in Yverdon-les-Bains and the “Printemps de la poésie”, the “Dark Mirror” visit – done between late 2017 and early 2018 – is a project aiming, thanks to cutting-edge technology, to bring  together the work of several contemporary artists and an anthology of French 19th century poems. This at-first-glance disturbing encounter between these two worlds creates a surprising dialogue as well as poignant or ironic effects. Rather than embarking on a QR code tour, we took into account the opportunities Augmented Reality offers, not only to create a tour of the exhibition but also a journey through the Je suis ton père! catalogue.

Technique

This project is based on a poetic multimedia relationship between works in an exhibition and their concordant texts. The path is laid out in a gamified way over three levels of initiation to poetry, namely the:  Apprentice (Padawan; 4 works); Knight (Jedi; 7 works), and Master (14 works). Built in fourteen stages, the path is like a sonnet in constellation through the exhibition. Stanislas Romanovski’s music ‘resemanticises’ pieces from the second half of the 19th century, which can sometimes echo the music in the Star Wars saga. In this way, Berlioz's Dies Irae is reflected in the Darth Vader theme. From a technical perspective, the project is based on the Blippar app, which is downloadable for free on tablet or smartphone on iOS or Android. The app works through image recognition (like a more sophisticated QR code) on different mediums (printed or in 3D) and activates the multimedia animation. This work was carried out by Artgraphic Cavin SA. It applies to both the exhibition and the catalogue.

Présentation
du projet initial

Par Marc Atallah, Directeur de la Maison d’Ailleurs à Yverdon-les-Bains, curateur de l’exposition «Je suis ton père!»

«Dark Mirror» est le titre donné à une exposition inédite, une exposition qui combine œuvres d’art contemporaines et réalité augmentée ou, pour être plus précis, travaux artistiques inspirés de ce mythe fictionnel moderne qu’est Star Wars et poèmes du XIXe siècle. L’origine de ce projet s’enracine dans l’exposition «Je suis ton père!», inaugurée à la Maison d’Ailleurs à la fin de l’année 2017, qui présentait les œuvres de treize artistes contemporains – principalement des photographes et des plasticiens – ayant toutes pour point commun de dialoguer, d’une manière spécifique, avec les personnages et les vaisseaux de la célèbre franchise hollywoodienne amorcée par George Lucas en 1977, et poursuivie depuis quelques années par Disney. Travis Durden hybride les sculptures du Louvre avec différents protagonistes de la saga science-fictionnelle; le studio de designers Superlife imagine un mobilier évoquant Darth Vader, Chewbacca ou R2-D2; Anthony Knapik-Bridenne donne une profondeur ancestrale aux casques des soldats de l’Empire; quant à Cédric Delsaux, un des artistes phares de l’exposition, il traite les personnages de Star Wars comme des métaphores signifiantes dévoilant la dimension obscure de notre monde. 

Ces quelques exemples – mais il aurait été possible de citer tous ceux présentés dans «Je suis ton père!» – évoquent un mouvement de l’art contemporain, souvent décrié en raison de ses références à la culture populaire, faisant la part belle à la re-sémantisation: les œuvres exposées permettaient en effet, grâce aux échos qu’elles tissent entre la fiction et notre société, d’offrir une nouvelle signification à des motifs ou des situations pourvus d’une signification autre. Lorsque Gabriel Dishaw sculpte les matériaux usagés, d’une part, il rejoint le mode de fabrication de la première trilogie de Star Wars – elle-même construite de toutes pièces – et, d’autre part, réinvestit le regard que nous jetons sur nos déchets en exhibant leur beauté; et quand Kyle Hagey incruste des Stormtroopers à vélo dans un paysage alpin bucolique, il vient pointer la mythification de nos paysages réels par la rencontre avec un autre mythe, fictionnel cette fois-ci. Il en va de même pour Benoît Lapray qui, en reconstruisant le quartier post-industriel lyonnais de La Confluence en usant de briques LEGO® Star Wars, signifie, dans un contraste violent entre la bonhommie des personnages de plastique et ce qu’ils symbolisent dans ce contexte, la nature préfabriquée et anonyme de nos habitats contemporains. Pour le dire autrement, l’exposition «Je suis ton père!» cherchait, non à parler de la saga imaginée par George Lucas, mais à montrer comment la dimension mythique de celle-ci – le titre de l’exposition était à ce titre révélateur, puisque, à peine prononcé, il était d’abord interprété comme une référence explicite à Star Wars et non comme une reconnaissance d’une quelconque parentalité – pouvait, dès l’instant où les personnages caractéristiques de cette galaxie lointaine interféraient avec notre quotidien, révéler les processus de mythification de ce même quotidien.

C’est dans un tel contexte qu’est né «Dark Mirror», une exposition issue d’une exposition plus vaste, néanmoins bâtie sur un phénomène similaire de re-sémantisation. Les premières discussions avec Melina Marchetti, puis avec Antonio Rodriguez, puis avec toute l’équipe du Printemps de la poésie, ont amené la Maison d’Ailleurs à solliciter ses partenaires pour imaginer un parcours non seulement «poétique», mais également «technologique». Vu que les œuvres exposées réinvestissaient le réel de significations inédites, il était envisageable de faire dialoguer ces mêmes œuvres avec des poèmes du XIXe siècle: ces derniers seraient entendus différemment une fois mis en regard de ces premières; les premières seraient ressenties autrement une fois mises en relation avec ces derniers. Victor Hugo, Charles Baudelaire, Paul Verlaine, Arthur Rimbaud, Stéphane Mallarmé et d’autres se voyaient donc soudainement entrer en relation avec Darth Vader, les Stormtroopers, Kylo Ren ou Leia déguisée en Bounty Hunter. Grâce aux compétences des collaborateurs de Artgraphic Cavin SA, une société d’imprimerie sise à Grandson, la technologie de réalité augmentée a permis de rendre ce dialogue non seulement possible, mais également immersif: en scannant les œuvres, les poèmes se mettaient à défiler et à être récités, permettant aux visiteurs de l’exposition de s’arrêter, de contempler et de se laisser emporter par les sons poétiques ouvrant de nouvelles dimensions de sens dans la réception des œuvres d’art exposées dans le musée de la science-fiction.

Vous l’aurez compris, «Dark Mirror», ce n’est pas juste une exposition associant, avec une habileté technologique indéniable, travail artistique et poésie; c’est une expérience esthétique plongeant au cœur de notre postmodernité, afin d’en révéler les alliances étonnantes et les échos signifiants – et ce, en vue de caresser une nouvelle forme de Beauté.

Marc Atallah
Directeur de la Maison d’Ailleurs
MER à la Section de français de l’UNIL

Concept: 
Marc Atallah, Maison d'Ailleurs, Yverdon-les-Bains (original idea)
Antonio Rodriguez, UNIL
Laurence Iseli, UNIL 
Melina Marchetti, UNIL 
Colin Pahlisch, UNIL 

Script and text selection: 
Antonio Rodriguez, UNIL 

Graphics and IT:
Artgraphic Cavin SA 

Musical score:
Stanislas Romanowski 

Voice:
Laurence Iseli 

Actors:
Victoria Baumgartner
Laurence Iseli 
Cédric Dorier
Laurent Sandoz

Partner:
Maison d’Ailleurs, Yverdon-les-Bains


References:

1        Marc Atallah (Dir.), Je suis ton père ! Origines et héritages d’une saga intergalactique, Paris, Huginn&Munnin, 2017.
2        Marc-Olivier Parlatano, “Poètes en réalité augmentée”, Le Courrier, 21.03.2018.
3        Caroline Rieder, “Technologie et poésie entament un dialogue fécond”, 24 Heures, 6.4.2018.